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        L’étude de la production graphique des architectes européens et japonais entre 1960 et 1975 soulève de nombreuses questions et laisse entrevoir des thématiques communes, tel le développement de l’utilisation des nouveaux matériaux industriels dans l’architecture domestique, ou encore les emprunts théoriques et formels aux médias et à la société de consommation.

 

Architecture japonaise : une architecture radieuse

 

         L’architecture japonaise se fait l’écho de ces évolutions, et ouvre de plus une voie intéressante pour l’architecture mondiale. Le pays a compris qu’il lui fallait tenir compte de son climat et de ses risques environnementaux, et inventer une langue architecturale qui exprime sa tradition et réponde aux besoins des habitants.

L’architecture a toujours avancé par fertilisations croisées, par circulation des techniques à travers le monde. Ce jeu d’influences réciproques a produit au Japon des jalons majeurs de l’architecture mondiale: le Musée National a été bâti à l’ère Meiji en 1894 par Katayama Tokuma dans le style Renaissance français. La Gare centrale de Tokyo, œuvre de Tatsuno Kingo construite en 1914 et restaurée récemment par le concepteur Kaoru Mende, ne déparerait pas dans le tissu urbain londonien. L’architecte occidental le plus influent à avoir embrassé la pensée japonaise fut probablement Frank Lloyd Wright, auteur de l’Hôtel Imperial à Tokyo (1913-24). Wright prédisait en 1931 des difficultés futures : «La maison japonaise, parfaite expression de l’architecture organique, est transformée en garage de type occidental, au lieu d’être développée organiquement pour passer d’une position agenouillée à la station debout».

L’approche japonaise traditionnelle d’une construction adaptée au climat et aux traditions locales est tombée en désuétude avec l’essor spectaculaire du commerce international et des échanges culturels avec l’Occident. La Seconde Guerre mondiale, avec son lot de destruction, n’a fait qu’accentuer le désir du Japon de rompre avec le passé.

Ce nouveau départ est dominé par les procédés modernes de construction rapide et un style architectural inspiré des États-Unis et de l’Europe. Mais dans les années 1960, les architectes japonais Kikutake, Kurokawa et Maki, en rébellion contre ce style mondialisé qu’ils jugent «insipide», orientent leur travail vers une fusion de mégastructures spatiale et de systèmes biologiques, et forment le mouvement Metabolism : démonstration d’une architecture «musculeuse, squelettale et mécaniste.»

L’architecture japonaise du XXe siècle peut être interprétée comme une expression de la croissance rapide, de la destruction, de la renaissance, puis de l’expansion.

 

° Métabolisme, diachronie d’un espace urbain fragmenté

 

        Lorsqu’en 1960, la personnalité de Tange Kenzo, «seul architecte, grand réalisateur, qui ait un pied dans le présent et un autre dans le futur» (Michel Ragon), regroupe les membres du Metabolism, il n’a qu’une idée en tête : mettre à profit ces jeunes architectes, afin de créer une image identitaire à l’architecture japonaise, loin des stéréotypes modernistes et du style occidental. Dès lors comme beaucoup de mouvements post-CIAM, les métabolistes vont chercher à créer une rupture avec la tendance ayant dominé les dernières décennies et ne vont pas hésiter à remettre tout en question.

Kurokawa reproche notamment aux «Modernistes» leur attitude fonctionnaliste qui, selon lui, a conduit à la disparition des notions essentielles à l’architecture, comme «l’indéfini ou le côté émotionnel», au prix d’une rationalisation excessive et d’uniformisation du langage. Pour lui, il est dans un premier temps primordial de se défaire de la symbolique du bâtiment «machine», au risque de voir l’architecture se standardiser.

Dans cette optique les métabolistes prônent donc un changement radical de paradigme, pour une vision plus organique de la ville. L’homme et la société doivent être remis au centre des préoccupations. La ville doit être considérée comme un organisme vivant en constante évolution, elle est sujette à la croissance et au renouvellement.

L’architecture métaboliste, à l’instar des architectes visionnaires occidentaux précédemment évoqués, est donc en rapport avec son temps et à l’écoute des besoins de ses usagers.

Kurokawa évoque la notion de temporalité de l’architecture. Selon lui chaque bâtiment se voit donner une forme en fonction du présent dans lequel il s’insère : il reflète ainsi l’esprit de son temps. D’un point de vue historique, l’architecture fonde son présent en fonction du passé ou essaye parfois d’anticiper une image future. Il prétend toutefois que certains édifices reflètent uniquement le passé, comme les prisons de Piranesi, et d’autres, telles les visions futuristes de Antonio Sant’Elia, ne présentent aucune notion du passé ou du présent.

Le mouvement métaboliste essaye de n’exclure aucune des ces trois notions, en exprimant le passé, le présent et le futur comme un seul espace architectural, où chacun de ces moments serait équidistant par rapport à l’observateur.
Cette symbiose, véritable «déconstruction temporelle» est pour Kurokawa l’approche diachronique du Metabolism.

 

Antonio Sant’Elia, tiré de « La Città Nuova », 1914

 

La mégastructure est certainement l’approche la plus utilise par le groupe japonais. Elle a l’avantage de regrouper toutes les fonctions liées à l’habitat et au développement de la ville dans une seule et même structure. L’intérêt particulier que relève Maki dans cette approche est la distinction assez nette des différents éléments qui la composent, ainsi le cadre regroupe tout ce qui est de la circulation des flux et des fonctions techniques, alors que les éléments qui viennent s’y greffer, contiennent les parties destinées à l’habitat et nécessaires à la vie de la société.

Kurokawa sera celui des membres du Metabolism ayant le plus travailler sur le concept de capsule.

En premier lieu, la volonté de Kurokawa fut de décomposer les immeubles d’habitations afin de réaffirmer la présence des différents individus y résidant par rapport à l’ensemble: «La Nakagin Capsule Tower n’est pas la représentation stricte d’un immeuble-logement au sens architecturale: c’est l’expression des 144 personnes qui résident dans ces 144 unités ». On retrouve donc ici, l’idée forte de la ville organisme, comme un tout vivant en symbiose, mais dont chaque composante est primordiale au maintien de l’ensemble.

 

 

Dans un second temps, cette «dissection de l’habitat» devait permettre de créer un nouveau modèle architectural basé sur les relations spatiales: «En plaçant des espaces non-fonctionnels, entre deux espaces ou deux formes, on produit une architecture dynamique et fluide, une architecture de relations … Chaque parties est indépendantes mais fait en même temps partie d’une entité architecturale».

Au travers de ce procédé, les métabolistes cherchaient également à gagner un meilleur contrôle sur le tissu bâti, les parties obsolètes seraient plus facilement identifiables et remplaçables.

L’image à la base de cette vision, est celle de la cellule, englobant des notions de base telles que: la croissance, la division, l’échange, la transformation, l’autonomie des parties, la déconstruction, les cycles de renouvellement et l’équilibre dynamique. Le but principal de cette démarche ne visait donc pas, contrairement à ce qu’on pourrait penser, la fabrication de masse, mais plutôt d’offrir à l’architecture des nouvelles possibilités de combinaisons et de flexibilités.

Collaborateur de Kenzo Tange en 1960 pour le plan d’urbanisme de la baie de Tokyo, Kisho Kurokawa a très tôt ressenti le besoin de proposer des solutions alternatives aux problèmes cruciaux posés par le développement urbain. D’où ses affinités avec les recherches théoriques de Team X et du GEAM, visibles dans les premiers projets futuristes comme Agricultural Plan (1961) ou Floating City Kasumigaura (1961).

 

Typologie de maison en milieu aquatique

 

        Le mot «utopie», néologisme inventé par l’écrivain anglais Thomas More dans «Utopia» est la synthèse de termes grecs signifiant un «lieu imaginaire» et un «lieu du bonheur». Dans cet ouvrage, l’auteur décrit une île merveilleuse qu’il nomme précisément «Utopie», où s’épanouit une société idyllique qui ignore l’impôt, la misère et le vol. Elle est présentée comme l’alternative heureuse à l’Angleterre du XVIème siècle et son mouvement des enclosures.

«Les îles sont le lieu fictif de l’imaginaire.»

Thomas More, Utopia, 1516

 

Dans l’Oeuvre de Thomas More, le contexte construit est une cité sur une île lointaine, insulaire. L’île est le lieu d’utopie par excellence, car elle permet de projeter une société indépendante du reste du monde.

 

        A partir des années 50, beaucoup de projets d’utopies architecturales verront le jour. Cette période succédant à la Seconde Guerre Mondiale voit apparaître des architectes d’avant-garde tels que le groupe Archigram, GEAM, Team X ou encore le mouvement Metabolism japonais. Une génération influencée par le constructivisme russe et prônant une architecture de réseaux, poétique et méga-structurelle, prétendant revenir aux fondements de l’architecture moderne et voulant remettre la vie au cœur des cités.

 

° Maisons sur les ponts

 

«Un morceau de terre sèche passant au-dessus de la surface de l’eau. Ils représentent, par leur nature, une concentration de circulation et une attirance spéciale : ce sont, en plus, les points de contact naturels des voies de navigation et des voies de transport terrestre.»

Tiré de «Les Visionnaires de l’architecture», 1965

 

        Les architectes d’avant-gardes dans les années 60 vont voir dans le pont une solution pour créer de nouvelles villes interconnectées et libérées. (Cf. Chapitre précédant)

 

Ville spatiale pour l’Afrique, Friedman, 1959

 

° Habitats sous-marins

 

        En 1962, Paul Maymont propose pour Paris un projet d’urbanisation sub-fluviale, prenant place sous la Seine. Une autoroute de 12km qui désengorge la ville sans démolir l’urbain existant.

«Ce grand axe de circulation est-ouest, explique-t-il, permet l’irrigation du coeur de la capitale là où cela est impossible en surface, dans les quartiers historiques en particulier. Cinq mètres de tirant d’eau seront conservés pour la circulation fluviale. Le trop-plein des crues sera envoyé dans la plaine de Montesson pour former le lac de 2000 hectares qui manque à Paris : ce qui permettra de conserver un niveau d’eau constant de la Seine dans son passage dans Paris, d’aménager ses berges en jardins-promenades et de créer dans les murs des quais, des galeries marchandes.»

Paul Maymont

 

Il prévoit 12 niveaux sous la Seine comprenant parkings, magasins, banques, piscines, cinémas, théâtres, galeries d’expositions, bureaux, réservoirs d’eau et de carburant et pourraient aussi constituer un abri antiatomique pour trois millions d’habitants.

 

Coupe perspective, Paris sous la seine, Paul Maymont, 1962

 

° Utopies insulaire

 

        Parallèlement au questionnement de Yona Friedman, le mouvement Metabolism voulait répondre aux problématiques urbanistiques de densité, de croissance et de flux en proposant «des structures flexibles et extensibles rendant possible un processus organique». C’est l’occasion pour la ville de Tokyo, qui voit sa population exploser et son industrie se développer, d’être la source d’inspiration de plusieurs projets prospectifs.

 

Tokyo

Pour pallier au manque de place, la solution proposée par les architectes métabolistes, comme Masato Ohtaka, sera de construire sur l’eau. Ils ne seront pas les seuls, car pendant une quinzaine d’années, l’avant-garde aura toujours un oeil sur ce type de problématiques.

 

Floating city on Tokyo bay, 1959

 

Entre 1958 et 1959, le projet de Masato Ohtaka est proposé comme une solution au manque de place et à la planification sur l’eau. L’île se comporte comme un écho du rivage de la baie de Tokyo tout en restant indépendante de celui-ci. La croissance du projet fonctionne par couches successives remplissant petit à petit la baie et donnant une nouvelle surface pour le développement de la ville. «Floating City» est l’un des premiers projets de ce type proposant une extension sur l’eau et verra apparaître, dans les années qui suivent plusieurs autres variantes pour la ville de Tokyo mais aussi pour d’autres lieux.

 

 

 

Neo Tokyo Planning, 1959

 

La croissance économique étant au centre des préoccupations, le projet de l’Industrial Planning Council occupe la baie suivant les besoins d’infrastructures de la ville de Tokyo. Il en résulte un plan parsemé, dense et très fractionné. Chaque îlot possède une fonction particulière. Tout le projet est ensuite relié à la baie environnante par un réseau d’autoroutes et des routes secondaires formant une ceinture efficace.

 

 

Marine city, 1959

 

Kiyonori Kikutake propose non seulement de construire sur l’océan mais aussi d’y habiter avec un système d’îlots inter-connectés et de tours préfabriquées. Bien que le plan paraisse très libre, ceci étant dû au contexte vide, on y retrouve quand même une hiérarchie bien marquée avec de grandes îles principales et des grappes secondaires le tout relié par des ponts. Le projet semble obéir à des lois de croissances bien différentes de celles que l’on retrouve sur un terrain limité ou fini. Ici le plan semble plus libre de croître, avec ses règles intrinsèques et inspirées de son environnement aquatique.

 

 

 

Plan for Tokyo, 1960

 

La proposition de Kenzo Tange pour la baie de Tokyo est une alternative linéaire au développement concentrique de la ville. Le projet se présente comme un pont, colonne vertébrale principale, à partir duquel se développent des mégastructures et des îles artificielles secondaires. Cet effort permet un double emploi, d’abord de recevoir la population croissante, ensuite de créer une communication directe, à travers la baie, entre Tokyo et Chiba.

 

 

Floating city, 1961

 

Kisho Kurokawa propose une typologie modulaire croissant de manière organique. Les modules sont en forme d’hélices et s’assemblent entre eux en formant des hexagones. La croissance peut être horizontale mais aussi verticale. Le projet se situe sur un lac, non loin de l’aéroport international de Tokyo.

 

 

 

        L’un des objectifs de l’architecture est d’imaginer le visage futur de l’espace urbain, celui censé répondre à nos besoins immédiats et à long terme, tout en ayant conscience du contexte historique et social dans lequel il s’insère. Dès lors le rôle de l’architecte et de projeter des fragments de ville destinés à s’insérer dans ce système complexe, tout en évitant de nuire à son équilibre.

Comme il l’a été défini précédemment, l’espace urbain, d’un point de vue métaboliste, est un organisme complexe, composé d’une multitude de parties définies par des phénomènes temporels, fonctionnels ou sociaux et fonctionnant en symbiose. De ce fait il est sujet à de nombreuses variations potentielles, telles que la croissance, le renouvellement, ou la décadence.

 

Le Gonflage comme expression contestataire

 

        En architecture, HLM et béton ont représenté l’académisme du XXe siècle. Face à cela, dans les faits, «l’architecture utopique» n’a pas pesé très lourd.

Les structures gonflables vont incarner un esprit de légèreté et sera très présent dans la contestation à travers des groupes visionnaires, à l’instar d’Archigram, courant des années 60.

Le père de cette entreprise fût Buckminster Fuller (1895-1983) sorti de l’ombre en 1927 pour avoir inventer un container d’habitation – transportable et démontable – traversé par un mât central creux aux canalisations d’approvisionnements intégrées. D’après lui, synthèse parfaite entre le gratte-ciel américain et la pagode orientale.

En 1939, lors de l’Exposition universelle de New York, il présente une cité du futur, sphère de 60 m de diamètre flottant au-dessus de 8 fontaines. Mais c’est dans les années 50 qui Fuller entreprend alors la mise au point des structures géodésiques qui lui apporteront la gloire. 1953, érection du premier Dôme géodésique.

 

Pavillon américain à l’Exposition internationale 1967

 

En 1967, il réalise en partenariat avec l’architecte amerciano-japonais Shoji Sadao, son chef-d’œuvre, le pavillon américain à l’Exposition internationale de Montréal, biosphère géodésique de 90 mètres de diamètre, en matière plastique transparente.

Il oppose à l’agressivité des gratte-ciel une structure arrondie qui se veut antiautoritaire. Il rêve de cités flottantes de 3 km de long sur 200 étages de haut et d’un million d’habitants, cités transportées par des remorqueurs.
Partisan des communautés autonomes, symbole fort de la contre-culture, Fuller inspira une école pythagoricienne de design géométrique. Son impact fut très fort en Angleterre (Archigram) et au Japon (Metabolism).

 

        C’est ainsi qu’a partir de 1955-1956 chacun ira de son «alvéolaire», de sa «cellule» tout plastique, évacuant tout contenu au profit de mots d’ordre comme mobilité, variabilité, flexibilité.
L’architecture utopique qui va suivre dans les années 60 proposera des produits organiques, une «architecture sans architecture» dont le seul élément porteur est l’air.

En 1970 se déroule à Osaka au Japon la 44ème édition d’Exposition Universelle, ayant pour thème le «Progrès et l’harmonie pour l’humanité.»
Kenzo Tange sera l’urbaniste responsable qui va concevoir le plan de l’exposition. Profitant d’une impact médiatique international il exposera au monde les projets métabolistes et leurs desseins visionnaires.

Tange ira même jusqu’à matérialiser l’ébauche d’une ville moderne, à la fois hors sol, proliférante, organique et modulaire en faisant surmonter une structure tridimensionnelle au-dessus de la place des fêtes; rappelant sans conteste la nappe réticulaire des Villes Spatiales projetée par Yona Friedman une décennie plus tôt.

 

 

Cette exposition marque également le moment de la récupération institutionnelle du gonflable. Le PVC, le polyuréthane, le Néoprène souple y règnent sans partage.

 

Le Pavillon Fuji y est l’édifice le plus léger jamais construit, contenant 16 000 m3 d’air sur 30 m de haut, 80 m de long. Le Pavillon des États-Unis, dans la ligne des expérimentations de Fuller, propose une membrane pneumatique sur un réseau de câbles d’une portée de 80 m.

 

 

Les notions de façade et de toit tendent à disparaitre. Les édifices sont sphère, vase, tuyau, assiette, coquillage, balles de golf, édredon molletonné, tambourins, défenses d’éléphant, soucoupe volante, etc.

Le succès Métabolisme atteint son apogée avant leurs séparation en 1974.

 

 

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Conclusion

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«Les répercussions, visibles ou non, de ces mouvements ne sont pas négligeables. Puis, tout d’un coup, la crise économique (stagflation de 1975) est arrivée et tous ces projets prospectifs, dont certains avaient retenu l’attention des pouvoirs publics ou de promoteurs, n’ont pu être réalisés. Ces architectes sont tombés dans un long oubli, la plupart ont bifurqué vers l’enseignement, comme Maymont, qui a fondé UP7, ce qui leur a permis de semer quelques graines. Friedman est devenu consultant pour l’ONU.»

Ragon, Interview

 

La crise économique associée à l’impossibilité théorique et politique de proposer une intervention architecturale et urbanistique, fondée sur la croyance positive du progrès technique, se note de manière notable durant les années 1970, entrainant ainsi l’essoufflement du GIAP et des métabolistes.

La plupart de ces projets, restés au stade de dessins ou de maquettes, ont depuis été partiellement oublié, mais ils témoignent d’un état d’esprit, d’une volonté de sauver chaque pays de la surpopulation et de l’étouffement que l’on craignait alors.

Le schéma argumentatif de cet exposé, orienté sur la compréhension d’une architecture prospective, nous a ainsi permis de soulever de nombreuses questions.
Mais à présent, quelle place occupe la culture architecturale avant-garde dans l’historiographie de ces quarante dernières années ?

L’intérêt pour la période 1960-1975 semble s’accroître de manière soutenue ces dernières décennies.

L’histoire des utopies technologiques et des mégastructures des années 1960 est relativement bien étudiée depuis le livre inaugural de Reyner Banham, Megastructures, en 1977 dans le sciage des ouvrages Histoire mondiale de l’architecture et l’urbanisme modernes, où Michel Ragon consacre des paragraphes aux superstructures, aux villes- ponts, à l’urbanisme souterrain, aux énergies nouvelles (solaire, gonflable), à l’architecture mobile; y établissant également de petites monographies sur les architectes évoqués.

En France, plusieurs expositions vont être organisées sur l’architecture «radicale», tant à Paris («Archigram» présentée au Centre Pompidou en 1994), qu’à Orléans (les collections du Frac-Centre) ou à Villeurbanne          (« L’architecture radicale » en 2001).

Au Etats-Unis, l’architecture radicale est bien représentée lors d’expositions ponctuelles au MoMA et au Pratt Institute. Ces expositions ont contribué à décrire une série d’expérimentations architecturales où haute technologie et utopie semblaient faire bon ménage.

Des thèses ont également été écrites sur Archigram, le GIAP, les métabolistes. Plusieurs ouvrages et expositions évaluent les travaux de Constant et Yona Friedman et plus récemment sur l’impact joué par Michel Ragon; à l’instar de l’exposition «Villes visionnaires» organisée par Frac Centre fin 2015.

Par ailleurs il nous est légitime de nous interroger sur l’impact et l’actualité de ces «visions» futurologique, restés à l’état de dessins, de collages ou de maquettes, à l’heure où la globalisation de l’environnement urbain est devenue une réalité.

Si dans les années 1960, on pense à des dispositions urbanistiques extensibles dont les diverses infrastructures favorisent la mobilité et la liberté de l’individu (Yona Friedman, Kurokawa), certains projets aujourd’hui envisagent l’étalement et la transgression des limites comme une stratégie pour répondre aux problèmes d’hyperdensité et de préservation de l’environnement. Par exemple, l’agence Grumbach choisit d’étendre Paris jusqu’au Havre. De son côté, Sou Fujimoto projeté un système ouvert, une ville «génétique», potentiellement extensible à l’infini tandis qu’OMA cherche à gagner du terrain sur la mer dans Waterfront City à Dubaï, ou sur le port de Shenzhen en Chine.

Le rêve des villes flottantes de Paul Maymont se concrétise dans le projet de l’agence Nlé qui élabore un système urbain flottant, apte à répondre aux changements climatiques.

Si ces nouvelles approches vont accorder une place essentielle au déplacement de l’usager, à sa liberté et à sa capacité créative, «L’auto-construction», chère aux architectes des années 1960, trouve dans ces projets une actualité porteuse de solutions d’avenir. La participation et le collaboratif constituent des modes opératoires alternatifs qui fondent aujourd’hui une nouvelle manière de faire et de vivre la ville.

 

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Maxime Combot